Qu’est-ce que la sophrologie?

La sophrologie est une méthode de relaxation et d’entraînement de la conscience qui vise un mieux-être physique et mental.

 

Sophrologue certifiée depuis 2005, je propose aux professionnels de la voix parlée et aux musiciens (chanteurs, instrumentistes - ou les deux!) des séances de sophrologie axées sur leurs problématiques, leurs projets et leurs enjeux professionnels: préparation mentale aux situations pouvant générer de l'anxiété (auditions, examens, concours, entretiens, prise de parole en public, concerts, enregistrements), amélioration de la concentration, gestion du stress, récupération physique et mentale, prévention du burn-out, accompagnement des changements professionnels et des reconversions.

La relaxation musculaire, l’apprentissage de respirations spécifiques, l’imagerie mentale font partie des outils du sophrologue, conjugués à la capacité d’écoute et de dialogue afin de répondre au mieux aux attentes du sophronisant.

Une séance de sophrologie alterne des moments de relaxation et des exercices simples, agréables, toujours individualisés, guidés par la voix du sophrologue.

L’entraînement sophrologique développe la proprioception, renforçant ainsi la sensation d’habiter pleinement son corps, ses mouvements et l’espace environnant.

Il permet ainsi de mieux ressentir et évaluer notre besoin de repos et de récupération, et incite à mieux profiter des moments de calme et de plaisir au quotidien.

L’accent mis pendant l'entraînement sur les dimensions concentratives et contemplatives a souvent des effets bénéfiques dans le cadre des apprentissages, de l’activité professionnelle, de la performance sportive ou artistique.

 

Etymologie, définition et objectifs

En grec, sôs renvoie à l’homme en bonne santé et par extension aux notions d’harmonie et d’équilibre. Phren renvoie à l’origine au diaphragme, et par extension à l’esprit, puisque pour l’homme de l’Antiquité, l’esprit, ou la conscience, se trouve dans le souffle.

Il existe en outre en grec le mot sophrosyne, qui désigne la modération, renvoyant à nouveau à la notion d’équilibre et d’harmonie.

La sophrologie – par conséquent «étude de l’harmonie de la conscience» – se présente comme une exploration en première personne de la conscience et de la perception du monde phénoménal, exploration aussi bien dans un but de connaissance de soi, de recherche de mieux-être au quotidien ou d’affinement d’un savoir-faire (ex: geste technique sportif ou artistique) que dans un but thérapeutique.

 

L’historique

Le fondateur de la sophrologie est un neuropsychiatre d’origine colombienne, Alfonso Caycedo, installé dès les années 1950 en Espagne où il effectua ses études de médecine. Ce fondateur d’école est peut-être avant tout un fédérateur de courants de pensée et un pionnier de la transdisciplinarité, puisqu’il a très tôt lancé des ponts entre des disciplines de provenances distinctes tant sur le plan épistémologique: biologie, psychophysiologie, philosophie, sciences humaines et sociales – que sur le plan géographique: Orient et Occident.

La sophrologie est née de la clinique psychiatrique – et surtout de ses carences: la psychiatrie du début des années 50 est encore dominée par la notion de «guérison par la crise» (crise épileptogène générée par l’électro-convulsivo-thérapie ou électro-choc, coma insulinique induit). Caycedo rejette d’emblée cette approche, cherchant d’autres références cliniques. Moins intéressé par les avancées de la pharmacopée psychotrope que par les applications médicales de l’hypnose, il envisage les premiers protocoles de la sophrologie à partir de l’hypnose médicale, du training autogène de Schultz et de la relaxation progressive de Jacobson.

Ce travail d’élaboration s’accompagne d’une formation philosophique: son intérêt pour le courant phénoménologique lui fait croiser les œuvres de Husserl et de Heidegger et lui fait rencontrer la psychiatrie existentielle notamment à travers Ludwig Binswanger, dont il sera le dernier disciple.

Intéressé par le yoga, intrigué que des exercices corporels soient utilisés pour agir sur la conscience, Caycedo voyage en Inde puis au Japon où il se familiarise avec le Zen. Les apports de ces techniques seront cruciaux pour le développement d’une méthode pratique, pragmatique, une phénoménologie en action en quelque sorte, la phénoménologie pouvant être définie comme «étude descriptive d’un groupe de phénomènes tels qu’ils apparaissent dans l’expérience qu’on en a, sans référence à quelque réalité dont ils seraient la manifestation.»[1]

 

Concepts-clés

La sophrologie caycédienne comporte douze «degrés» d’entraînement répartis en trois cycles: le cycle réductif, le cycle radical et le cycle existentiel, le cycle réductif demeurant le plus utilisé par les sophrologues dans le cadre d’un accompagnement individuel. Le terme «réductif» tire ici son nom de la notion husserlienne de «réduction phénoménologique».[2]

La méthode sophrologique se voulant une méthode d’exploration de la conscience, Caycedo a proposé au fil du temps plusieurs définitions de la conscience, dont la plus récente en fait «la force intégratrice de tous les éléments et structures physiques et psychiques de l’existence.»[3]

Il a posé comme hypothèse de travail une structuration de la conscience humaine en termes de niveaux et d’états de conscience comprenant quatre niveaux quantitatifs (veille, niveau sophro-liminal – niveau visé par l’entraînement – sommeil et coma) et trois états qualitatifs (possibilité existentielle pathologique, conscience individuelle ordinaire, possibilité existentielle sophronique.)

Ce dont la conscience fait l’expérience dans la pratique de la sophrologie est ce que Caycedo a appelé «vivance» (transposition du terme espagnol vivencia). C’est un mode singulier de rencontre du phénomène. Sa répétition – la «répétition vivancielle» – réalisée à travers l’entraînement, vise ce que vise tout entraînement: un élargissement et un affinement des capacités, ici l’élargissement du champ de conscience et l’affinement de la capacité de la conscience à se saisir elle-même.

 

Eléments de base de l’entraînement sophrologique

L’entraînement est guidé par le terpnos logos du sophrologue, qui, d’une voix posée et monocorde (favorisant la modification de la vigilance) développe un accompagnement verbal selon l’axe de travail présenté en début de séance. Le travail se fait essentiellement debout et assis. Le processus de «sophronisation» vécu en séance contient trois étapes principales: induction ou relaxation, activation du potentiel physiologique et/ou mental, reprise progressive de tonus musculaire; après la sophronisation intervient une phase d’échange sur l’expérience vécue, moment de verbalisation appelé «dialogue post-sophronique». Le sujet y est invité à inscrire ses vivances dans sa vigilance consciente et à les partager avec autrui en les mettant en mot: c’est la «phéno-description». Le sophrologue demeure dans l’attitude phénoménologique, recevant sans l’interpréter cette description des phénomènes.

 

Les applications de la sophrologie

Les premières utilisations de la sophrologie ont été médicales, notamment en stomatologie et en obstétrique, dans le cadre de la recherche d’une analgésie non chimique, et durant les années 1960 la pratique de la sophrologie a été réservée aux médecins. A partir des années 1970, la discipline s’est étendue aux sphères paramédicales et non médicales: soin infirmier, kinésithérapie, psychothérapie, gériatrie, univers du sport (préparation mentale, correction du geste technique), univers artistique (gestion du trac, préparation à la scène), univers de l’éducation et de la formation (préparation aux examens, gestion de l’anxiété en situation d’évaluation), champ du travail social et de l’insertion professionnelle (recherche d’emploi, préparation aux entretiens d’embauche ou aux situations de prise de parole en public, accompagnement du changement dans le monde professionnel).

Dans sa préoccupation de faire connaître la méthode dans des pays défavorisés comme la Colombie, son pays d’origine, Caycedo a aspiré dès les années 1970 à une sophrologie ancrée dans la réalité sociale: la discipline s’est donc assez rapidement positionnée autour de la prophylaxie du malaise social, visant à restructurer le sujet, lui redonner une structure plus fluide, plus stable, afin qu’il soit mieux à même de vivre dans un contexte économique et social pathologique ou pathogène.

 

La formation des sophrologues: sophrologie et professionnalité

Les praticiens en sophrologie sont issus de sphères professionnelles variées. Pour Caycedo, la sophrologie ne constitue pas à elle seule un métier ou une profession, mais plutôt une «professionnalité»: un ensemble de connaissances et de compétences enrichi d’un investissement expérientiel que le sophrologue met au service de son métier d’origine, auprès d’un public qu’il connaissait et servait déjà avant d’effectuer sa formation de sophrologue.

Les certifications délivrées par les écoles de sophrologie se divisent en deux branches: la branche «clinique» et la branche «prophylactique et sociale».

Les professionnels du soin - médecins, médecins-psychiatres, dentistes, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues cliniciens - sont certifiés dans le cadre de la branche clinique.

Les professionnels issus d’autres domaines - formateurs, enseignants, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés, animateurs, entraîneurs sportifs/préparateurs mentaux, artistes (musiciens, danseurs, comédiens) - ainsi que les psychothérapeutes non psychologues sont certifiés comme sophrologues dans la branche prophylactique et sociale.

On retrouve donc parmi les sophrologues en exercice des professionnels issus de branches différentes. Ceci constitue un enrichissement pour la discipline comme pour les professionnels qui la pratiquent, à travers les possibilités d’échanges et de rencontres, tout en garantissant une assez large diffusion de cette pratique auprès de publics divers.

Ce texte de présentation est adapté de mon mémoire de Master professionnel en psychologie clinique, psychopathologie et psychothérapies, soutenu à l’IED Paris-8 en septembre 2008.
© 2008-2014 Claire Stancu. Cet article ne peut être reproduit sans l’autorisation de l’auteur. Il peut être cité partiellement à condition de créditer l'auteur et de fournir le lien vers cette page web.

 


[1] Chéné, P.-A. (2001). Sophrologie. Fondements et méthodologie. Paris: Ellébore, p.63

[2] Trois principes sous-tendent la réduction phénoménologique:

- L’idée de «retour à la chose même» marque la volonté d’opérer un retour au phénomène et à lui seul, une «volonté inscrite dans une direction précise par laquelle la Conscience va devenir Conscience de quelque chose au plus profond de l’être.» (Chéné, ibid., p.69) L’intentionnalité forme donc la base de ce processus: intentionnalité de faire tendre la conscience vers l’Etre, dans un mouvement qui permet de distinguer l’attitude transcendantale de l’attitude naturelle – la notion d’intentionnalité étant le point de départ de l’analyse transcendantale husserlienne.

- La suspension du jugement (épokhè en grec) est la mise en suspens des préjugés et croyances sur le phénomène visé. Pour Husserl, il s’agit de désactiver tout jugement concernant le problème de l’existence du monde extérieur afin de s’immerger sans a priori dans l’étude du phénomène. Dans la pratique sophrologique, cette mise en suspens ouvre la conscience du sujet à la possibilité de vivre le phénomène comme pour la première fois, mais aussi d’explorer d’autres manières de le vivre, d’autres manières de faire (faire «autrement»).

- La mise entre parenthèses aide à «focaliser l’objet de la recherche en faisant varier les facettes du phénomène» (Chéné, ibid., p.70), favorisant ainsi l’émergence d’une conscience différente du rapport sujet-objet.

[3] Chéné, P.-A. (2001), ibid., p. 105.